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gestion de projet
La version 14 d'une maquette n'existe pas par malchance. Elle existe parce que rien, dans le process, n'a dit au client quand s'arrêter.
Pas parce que je suis rigide. Parce qu'un projet sans cadre ne se termine jamais, il s'épuise.
Tout le monde connaît le projet qui ne finit pas. La maquette part en validation, le client renvoie des retours, tu corriges, il en renvoie d'autres, tu corriges encore, et trois mois plus tard tu en es à la version 14, plus personne ne sait à quoi ressemblait la version 3, et le projet est devenu un truc qu'on traîne plutôt qu'un truc qu'on livre.
Ce n'est pas une fatalité. Et ce n'est pas une question de chance avec le client.
Un projet ne dérape pas par manque de talent. Il dérape par manque de cadre.
Pourquoi les retours s'éternisent
La version 14 n'existe pas parce que le client est pénible. Elle existe parce que rien, dans le process, ne lui a dit quand s'arrêter.
Quand tu présentes une maquette sans cadre, tu envoies un signal implicite : « dis-moi tout ce qui te passe par la tête. » Alors le client le fait. Il réagit. Il change d'avis. Il fait relire à sa cousine. Il déplace un bouton parce que ce matin-là il était d'humeur à déplacer un bouton.
Et chaque petit changement en appelle un autre, parce qu'aucun n'est rattaché à une décision. On n'avance pas, on tourne.
Plus de rounds, ce n'est pas plus de qualité. C'est moins de décision.
Un round, ça veut dire quoi exactement
La première chose, c'est de définir le mot. Avant même de toucher à Figma, c'est écrit dans la propal, noir sur blanc : deux rounds de retours sont inclus, voici ce qu'est un round.
Un round, ce n'est pas « tu m'envoies des messages au fil de l'eau pendant deux semaines ». C'est un retour, groupé, consolidé, à une date donnée. Le client rassemble tout, tranche en interne ce qui doit l'être, et m'envoie une seule liste.
Cette simple définition règle la moitié des problèmes. Parce que le bazar des retours, ce n'est pas leur nombre. C'est leur dispersion.
Un retour par mail, un autre par WhatsApp, un troisième en commentaire Figma : ingérable.
Une seule liste, une seule voix, une seule date : exploitable.
Et la règle « une seule voix » est non négociable. S'il y a trois décideurs côté client, ils se mettent d'accord entre eux avant de m'écrire. Je ne suis pas là pour arbitrer leurs désaccords internes dans mes maquettes.
Round 1 : la structure, pas la couleur des boutons
Le premier round porte sur le fond. L'architecture, la hiérarchie, le message, le parcours. Est-ce que la promesse est claire dans les trois premières secondes ? Est-ce que l'action principale saute aux yeux ? Est-ce que ça sert l'objectif qu'on a posé dans le brief ?
Ce ne sont pas les questions de détail. À ce stade, on ne discute pas d'un dégradé ou de la taille d'une icône. On valide que la maison tient debout avant de choisir la peinture.
Et je ne présente jamais une maquette en mode « alors, ça te plaît ? ». Je présente en défendant chaque choix : voilà pourquoi le titre dit ça, voilà pourquoi cette section est en premier, voilà ce qu'on a volontairement laissé de côté. Un client qui comprend l'intention derrière un choix ne le conteste pas pour son confort personnel. Il le juge sur l'objectif.
Un retour utile, ce n'est pas une réaction. C'est une décision.
Round 2 : on polit, on ne recommence pas
Le deuxième round, c'est l'ajustement fin. On a validé la structure au round 1, donc ici on parle micro-détails : un espacement, une formulation, un visuel à remplacer.
Ce qui ne revient pas au round 2, c'est le fond. On ne rouvre pas une décision déjà prise et validée deux semaines plus tôt. Si l'envie de tout changer arrive maintenant, c'est qu'il manquait quelque chose au round 1, et là on en parle franchement, ce n'est pas un retour, c'est un changement de cap.
La distinction est tout le sujet : polir n'est pas refaire.
Ce qui rend la règle possible
La limite à deux rounds ne tient pas par autorité. Elle tient parce que le travail en amont la rend tenable.
Elle commence au brief. Mes cinq questions de départ ne sont pas là pour faire joli, elles posent l'objectif, la cible et ce que le client ne veut surtout pas voir. Quand un retour discutable arrive, on rouvre le brief et on vérifie : est-ce que ce changement sert l'objectif, ou est-ce un caprice du jour ? La réponse est presque toujours déjà écrite.
Elle tient aussi parce que je remplace les références floues par des mots précis en amont, plutôt que de découvrir au round 3 qu'on ne parlait pas de la même chose. Et parce que je mets une date sur chaque retour : un retour sans deadline, c'est un projet sans fin.
La contrainte ne limite pas le travail. Elle le termine.
Et après le round 2 ?
Parfois, un client veut aller plus loin. C'est légitime, et c'est prévu.
Au delà des deux rounds inclus, on bascule en facturation à l'heure ou au forfait, annoncé dès la propal. Ce n'est pas une punition, c'est ce qui rend la règle crédible. Une limite qu'on ne fait jamais respecter n'est pas une limite, c'est une suggestion.
Et le simple fait que ce cadre existe change le comportement, avant même qu'on l'atteigne. Quand le client sait que ses retours ont un coût et une fin, il les soigne. Il regroupe. Il tranche. Il arrête de réagir à chaud.
La règle des deux rounds, au fond, ne sert pas à me protéger de mes clients. Elle sert à protéger le projet de la version 14, et c'est dans l'intérêt de tout le monde.
C'est ce genre de cadre, posé dès le départ, qui fait qu'un projet se termine bien plutôt qu'il s'étire. Si tu veux voir comment je structure une mission de bout en bout, on en parle en appel.